(→ dans la tempête qui nous porte, p. 34‑35; → Forficules et autres nouvelles, p. 7‑8; → Chantage aux forficules sur le web)
| Vue de Québec par André Garant © Succession André Garant |
Dans notre voisinage, deux vieilles dames, des sœurs célibataires qui redoutaient plus que tout ces choses grouillantes qui pouvaient pénétrer chez elles, leur livraient une guerre acharnée qui consistait à écraser les envahisseurs dans tous les racoins autours de la maison, les buissons, les tours de portes, les tours de fenêtres, les moindres craques du solage, et bien sûr, à envoyer une généreuse giclée de savon à vaisselle préventif sur le seuil de la porte de la cave. Si vous les aviez entendues ! elles en parlaient avec une ardeur révulsée, et argument massue pour justifier l’hécatombe : « Pis en plus, c’est tellement lait’ ! »
Pourtant chez nous, avec les enfants qui jouaient dehors : ça entre, ça sort, la porte toujours ouverte et… jamais vu un perce-oreille à l’intérieur.
Alors un bon jour, assis devant ma machine à écrire, j’ai commencé à taper cette histoire. Dans mon élan créateur, je devenais ce narrateur (entrant dans la peau du personnage comme un acteur au théâtre je suppose), cet éleveur de perce-oreilles vraisemblablement dérangé et plus ou moins affabulateur. Je parlais des forficules avec – comment dire ? – avec tendresse. Et comme écrivain, je m’offrais du bon temps avec cette histoire amusante et loufoque.
La nouvelle a été publiée d’abord en 1991 dans la revue XYZ sous le titre Chantage aux forficules. Grand événement pour moi, une première publication. Le montant d’argent obtenu a été tout juste suffisant pour se payer un peu de bouffe pour un pique-nique dans le parc du quartier, ma blonde, nos enfants et moi.
Quelques années plus tard en relisant ce texte, j’ai pris conscience avec étonnement qu’à travers ce récit franchement dingue avait percé une valeur très importante, le respect de la vie sous toutes ses formes, quand le bienfaiteur anonyme écrit « les gens sont si méchants, ils ne respectent rien, même plus la vie » et lorsqu’il conclut : « Oublie-t-on que ce sont des créatures du bon Dieu, comme vous et moi ? »
P.‑S. – J’ai eu l’idée d’envoyer cette histoire sous forme de lettre au maire de ma ville. Mais je ne l’ai pas fait, de peur que la plaisanterie soit mal interprétée. Je ne voulais quand même pas être poursuivi pour tentative d’extorsion, menace à la sécurité publique, que dis-je, pour bioterrorisme !

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