mardi 8 septembre 2026

un fib ? c’est quoi ça ?

    Vers la fin de mon texte cygne noir¹, on voit défiler des noms de mathématiciens et de mathématiciennes, et même, par antonomase², certains de ces noms ont perdu la majuscule et ont pris le « s » du pluriel, parmi lesquels « fibonaccis ». Leonardo Fibonacci, mathématicien italien de la fin du Moyen Âge, est surtout connu aujourd’hui pour une fameuse suite, dite « suite de Fibonacci ». (Peut-être avez-vous fait le lien… fib… Fibonacci… ?)

construction géométrique du début de la suite de Fibonacci
(les nombres correspondent aux longueurs des côtés des carrés)

    Voici d’abord comment est construite cette suite :
        on commence avec 1, puis 1,
puis on additionne les deux dernier nombres de la suite (1 + 1), ce qui donne 2,
puis on additionne les deux dernier nombres de la suite (1 + 2), ce qui donne 3,
puis on additionne les deux dernier nombres de la suite (2 + 3), ce qui donne 5,
puis on additionne les deux dernier nombres de la suite (3 + 5), ce qui donne 8,
puis on additionne les deux dernier nombres de la suite (5 + 8), ce qui donne 13,
puis on additionne les deux dernier nombres de la suite (8 + 13), ce qui donne 21,
puis on additionne les deux dernier nombres de la suite (13 + 21), ce qui donne 34,
puis on additionne les deux dernier nombres de la suite (21 + 34), ce qui donne 55,
puis on additionne les deux dernier nombres de la suite (34 + 55), ce qui donne 89,
et ainsi de suite à l’infini …
(certains font commencer la suite avec 0 et 1, mais le principe reste le même et la suite est identique à part le 0 initial).

    Et voici les quarante premiers nombres de la suite de Fibonacci :
    1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89, 144, 233, 377, 610, 987, 1597, 2584, 4181, 6765, 10946, 17711, 28657, 46368, 75025, 121393, 196418, 317811, 514229, 832040, 1346269, 2178309, 3524578, 5702887, 9227465, 14930352, 24157817, 39088169, 63245986, 102334155, …

Un tournesol
(source : page Wikipédia Suite de Fibonacci)

    Cette suite, particulièrement simple, a pourtant des aspects très intéressants. Un exemple : L’image ci-dessus montre le centre d’une fleur de tournesol. On constate la présence de spirales en sens horaire et de spirales en sens anti-horaire. Comptons ces spirales : 34 dans un sens, 21 dans l’autre sens… Or 34 et 21 sont deux nombres voisins dans la suite de Fibonacci ! Et les exemples de ce genre ne manquent pas.

    Maintenant, calculons le rapport entre les deux nombres : 34 / 21 = 1,619..... ce qui est assez proche du nombre d’or, 1,618..... En fait, le rapport entre deux nombre voisins dans la suite donne un approximation du nombre d’or, et cette approximation est d’autant plus juste que les nombres choisis de la suite sont élevés ! En approfondissant le sujet, on comprendrait que cela va de soi, mais…

    Bon, c’est bien beau tout ça mais revenons au titre… un fib ? c’est quoi ça ? Un fib est un poème dont les nombres de syllabes par vers correspondent dans l'ordre aux premiers nombres de la suite de Fibonacci (1 syllabe, 1 syllabe, 2 syllabes, 3 syllabes, 5 syllabes, etc.), et pas besoin que ça rime. Disons que ça ressemble plus à un amusement qu’à de la poésie, quoique… pourquoi la poésie ne pourrait-elle pas être amusante ?

    Allons, un petit essai… je me lance…

où ?
quand ?
comment ?
et pourquoi ?
mais que de questions !
si l’on connaissait le contexte,
peut-être pourrait-on leur donner une réponse…
mais n’en sachant pas davantage il serait pertinent de ne pas aller plus loin

    un autre…

j’aime
bien
écrire
un poème
pour Fibonacci
tout en songeant au nombre d’or
et à toutes ses merveilleuses implications

    Maintenant, à votre tour… oui, allez-y… je vous suggère d’écrire un fib dans les commentaires… 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, …
    et n'oubliez pas d'inscrire votre nom.

Vase avec quinze tournesols par Vincent van Gogh

1  –  → dans la tempête qui nous porte, p. 82‑83
2  –  utilisation d’un nom propre comme nom commun ou l'inverse

jeudi 27 août 2026

berceuse

(→ dans la tempête qui nous porte, p. 70; → noce, p. 39)

    Le mot berceuse peut désigner une chanson, une chaise ou… une personne. On pourrait donc dire qu’une berceuse assise dans une berceuse chante une berceuse à l’enfant qu’elle berce. Existe aussi berceur pour désigner celui qui berce un enfant… et peut-être y a-t-il plus de berceurs aujourd’hui qu’à une certaine époque. Je me souviens quand mon père chantait des chansons à mon petit frère alors bébé (mes seuls souvenirs de l’avoir entendu chanter). Bien des années plus tard, bercer mes enfants et leur chanter des berceuses a été pour moi la source d’un grand bonheur; en plus des chansons de mon enfance, je leur en chantais deux de ma composition : dans mes bras, mon enfant et dodo, en bateau.
Louise Carrier enceinte de Sébastien, par André Garant

    Et qu'en est-il du poème en prose berceuse ? Inspiré de souvenirs personnels, sans doute métamorphosés par le temps, il débute la nuit, dans le silence figé des chiffres rouges d’une horloge.
03:00
03:01
03:02
03:03
    Et tout à coup ! derrière les murs quelque part, un bébé se met à pleurer… puis voilà des pas, et avec les pas une voix, la voix d’une mère… et cette voix devient une chanson, rythmée par le craquement d’une berceuse… puis peu à peu les pleurs diminuent, s’apaisent, se taisent… alors que la voix continue, invisible dans la nuit…

dimanche 23 août 2026

le marché du travail

(pour « on r’cherche un primate »dans la tempête qui nous porte, p. 76)
(pour cévédans la tempête qui nous porte, p. 56‑57; → noce, p. 22‑23)
(pour maudit’ job plat’dans la tempête qui nous porte, p. 18‑21; → cinq poèmes à dire, p. 14‑15, 24‑25)


« Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense. »
Charles Baudelaire

    La poésie ne mettant pas beaucoup de beurre sur son pain, le poète doit souvent se tourner vers un travail stable rémunéré pour se nourrir, se vêtir et se loger, lui et sa famille. Le voilà donc à éplucher les annonces d’offres d’emploi, à se créer un profil avantageux sur tel ou tel site, à envoyer des c. v., à téléphoner à de possibles employeurs… peut-être même sa motivation le jettera-t-elle dans les bras d’un club de recherche d’emploi… Et il y met du cœur, il s’investit, jusqu’au jour béni de son engagement, et au jour non moins béni de sa première paye… jusqu’à ce que… passons…


photographie de Antoni Shkraba modifiée (source : Pexels)

    Sa créativité étant bien sûr à la merci des vents changeants de sa vie personnelle, il peut pondre à l’occasion un texte inspiré de ces expériences. Pourquoi pas ? Trois de mes textes tournent ainsi autour du thème du marché du travail. L’incipit et les titres sont plutôt clairs mais ajoutons quelques détails :
    « on r’cherche un primate » évoque de façon parodique une petite annonce d’appel de candidatures et adopte à peu de chose près la forme du rondel¹.
    cévé commence en parlant de recherche d’emploi et se poursuit comme une offre de services; ce texte adopte la forme d’une ballade à strophes carrées², sauf la dernière, et présente quatre rimes.


    Avec maudit’ job plat’ on s’en doute, c’est le désenchantement, l’écœurite totale. Le poème est composé de cinq septains en octosyllabes. La structure des rimes est proche de celle des strophes royales³ (que je ne connaissais pas quand j’ai écrit le poème). À remarquer, les rimes de la première strophe reviennent dans la dernière – ainsi on boucle la boucle – et le refrain (les deux vers finaux de chaque strophe) est un peu modifié à la toute fin – on conclut. Pour plus de détails sur la structure strophique du poème maudit’ job plat’, cliquez ici.
    Évidemment ceux qui ont en main mes recueils pourront consulter les textes mentionnés et saisir plus concrètement ces propos.

1  –  un rondel, forme relativement ancienne, compte deux quatrains suivis d’un quintil et présente deux rimes; certains vers sont répétés
2  –  strophes dont le nombre de vers par strophe est égal au nombre de syllabes par vers, ici des strophes de huit vers de huit syllabes (sauf la dernière strophe)
3  –  une strophe royale est un septain, généralement de décasyllabes, dont les rimes ont la structure ABABBCC; quant à mon texte, il est composé de septains d’octosyllabes dont les rimes présentent une structure très proche ABABACC (strophes 2, 3 et 4) ou ABABABB (strophes 1 et 5)

lundi 10 août 2026

au creux d’un vieil arbre (3)

« Dans la grande chaîne de la vie
  Où il fallait que nous passions
  Où il fallait que nous soyons »
Raymond Lévesque, Quand les hommes vivront d'amour

    Il n'est plus là, le vieil arbre creux dont j'ai parlé dans de précédents articles, le vieil arbre creux avec son étonnant microcosme de mousses, de champignons, de petites pousses et de mystère… non, parti, disparu…


    
Pour lui rendre un humble hommage, j'ai légèrement modifié¹ pour lui le deuxième quatrain du sonnet À un vieil artbre de Pamphile Le May.
    Voici :
Pour un vieil arbre disparu

Quand des arbres nouveaux, comme de riches fûts,
Poussaient leurs troncs noueux vers la voûte céleste,
Tu es tombé, et rien de ta beauté ne reste…
Mais moi je me souviens, je sais ce que tu fus.

dimanche 9 août 2026

chiens, merles et grillons…

    Les animaux occupent une place importante dans mes textes. Je me suis amusé à en faire le décompte. Plus de soixante-dix occurrences : mammifères 34, oiseaux 18, insectes 19, non classés 5.
    Et que font-ils ? Eh bien en voilà quelques-uns pêle-mêle…
    Que ce soit dans le refrain d’une ballade ou dans une « maudit’ vie d’chien », qu’il s’agisse d’un profil de chien de race, ou encore aïe ! de ce petit chien qui poursuit quelqu’un en essayant de lui mordre les mollets, chiens et chiennes sont à l’honneur (vingt occurrences). Et puis, les merles, les cigales et les grillons chantent, pendant qu’une fillette aimerait bien danser déguisée en dauphin. 

© Sébastien Garant
Ah ! jadis l’été, il y avait tellement de sauterelles dans l’herbe ! à l’époque où l’herbe avait le droit de pousser… Quant au cygne, noir il en vient à désigner un concept mathématique, alors que, pauvres eux autres, porc et canard sont au menu. En hiver, devant une auto dans laquelle se déploie de la violence psychologique, un lièvre traverse une route… ouf, il n’a fait que passer. Six mois plus tard en été, le cri d’un engoulevent perce la nuit. Et, pendant tout ce temps, patiemment, consciencieusement, dans le bruissemen imperceptible de leurs petites pattes, les perce-oreilles s’affairent… Oui, les animaux sont très actifs. Des moufettes, des ratons laveurs et des chats auront même peut-être l’occasion de manger de la tourtière, tandis que la chatte¹… ah mais… arrêtons-nous ici.

1  –  mon poème La chatte , une parodie du poème Les chats de Charles Baudelaire, a été publié dans le recueil quelques textes, à la page 52

mardi 4 août 2026

nymphe

(→ dans la tempête qui nous porte, p. 65; → noce, p. 21)

photographie de Lê Đức Khánh
modifiée (source : Pexels)



        une amie du quartier… elle avait les cheveux rouges…
        et son image trottait dans ma tête… comme un poème…
        ô nymphe à la chevelure de feu… hum…
        peut-être un peu cliché… dire autrement…
        des plumes… oui, j’ai vu des plumes, une chevelure de plumes,
        et cette pluie dans les feuillages, cette pluie verte et sonore…
        ô nymphe, toi ma tempête, mon apaisement,
        et ta voix, ce chant qui me chavire

lundi 3 août 2026

le p’tit prince

(→ dans la tempête qui nous porte, p. 26‑31; → cinq poèmes à dire, p. 18‑19, 28‑29)

« Les étoiles sont belles, à cause d'une fleur que l'on ne voit pas… »
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

« Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi. »
Charles Baudelaire, L’Horloge

Un gentil renard a beau dire « on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. »¹ Pourtant… n'est-ce pas souvent la beauté extérieure de quelqu'un qui donne envie de découvrir sa beauté intérieure ? Hé, rajoutez-moi une ou deux dents, un peu plus de cheveux, enlevez-moi quelques rides, quelques kilos, et vous allez voir l'intérêt pour ma beauté intérieure monter d’un cran,  je vous en passe un papier. On peut bien rêver, mais le temps fait son œuvre, ce que nous rappelle le poème…

le renard, par Antoine de Saint-Exupéry

Tous les textes de cinq poèmes à dire sont en québécois et en vers². Toutefois, alors que chacun des autres poèmes adopte une structure plutôt uniforme, le p’tit prince présente des strophes hétérogènes :
—  deux quatrains à rimes embrassées,
—  un douzain à rimes suivies,
—  un distique,
—  deux sixains à rimes suivies puis à rimes croisées
(pour être exact, dans trois cas, il ne s’agit pas de rimes véritables mais plutôt d’assonances). Pour plus de détails sur la structure des strophes du poème le p’tit prince, cliquez ici.

Évidemment, le poème fait allusion au roman bien connu d’Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, mais je fais ailleurs un clin d’œil à un autre auteur… en effet mes vers
« les jours les mois les ans s’étirent  
  pis çtes mots-là qui nous chavirent »
s’inspirent, tant pour le contenu que pour la rime, des vers de Bernart de Ventadorn³
« Lo tems vai e ven e vire  
Per jorns, per mes e per ans,
  Et eu, las no·n sai que dire »⁴


1  –  Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince
2  –  rimés sauf dans qu’est-c’ ça m’fout, et à noter que très souvent je n’ai pas tenu compte des aspects rimes singulières/plurielles, rimes féminines/masculines, et par conséquent de la règle d’alternance rimes féminines / rimes masculines
3  –  troubadour occitan du 12ᵉ siècle
4  –  « Le temps va et vient et vire / Par jours, par mois et par ans, / Et moi, hélas je ne sais quoi dire »

dimanche 2 août 2026

La Tour de Babel

  Combien y a-t-il de langues dans le monde ? Vous dites ?… Eh bien ajoutez-en deux ! En effet mon frère Sébastien a créé deux nouvelles langues. Dans le but de faire connaître l’une d’elle, le « talmi », il tient un blogue très bien étoffé (dictionnaire multilingue, grammaire, etc.), qui a la particularité d’être quadrilingue : talmi, français, anglais, espéranto.

La Tour de Babel par Pieter Brueghel l'Ancien
Sur ce blogue, on peut lire un de mes textes, La Tour de Babel, rédigé spécialement pour l’occasion. Je l’ai écrit en français (deuxième texte, en vert, sur la page) mais il apparaît aussi traduit en talmi, en anglais et en espéranto.

vendredi 4 octobre 2024

tempête

 (→ dans la tempête qui nous porte, p. 51; → noce, p. 11)

Snow Storm - Steamboat off a Harbour's Mouth
(Tempête de neige - Bateau à vapeur
au large de l'embouchure d'un port
)
par William Turner


« We pledge to fight “blue-sky thinking” wherever
we find it. Life would be dull if we had
to look up at cloudless monotony day after day. »¹
Manifesto of the Cloud Appreciation Society

« Du tief in meine Seele Greifender,
Mein Leben wie ein Sturm Durchschweifender »²
Friedrich Nietzsche





Dans mon recueil dans la tempête qui nous porte, comme on peut s’y attendre la tempête et nombre de ses attributs (le vent, la pluie, la neige, la bourrasque) apparaissent dans plusieurs textes.
Or c’est là la tempête non comme un inconvénient de notre petit quotidien, mais la tempête comme magnifique manifestation exacerbée du monde, comme brute symphonie de la nature, qui émerveille, qui éblouit comme une épiphanie, la tempête qui nous saisit, s’infuse en nous, jusqu’à ce que nous en fassions partie.


Et puis, sans la tempête, que seraient Les quatre saisons de Vivaldi, que serait la Symphonie pastorale de Beethoven, que serait « le calme après la tempête », que serait la « tache rouge » de Jupiter, cet ouragan vieux de plusieurs siècles, et que deviendrait, pendant ces jours glacés d’hiver, le plaisir d’entendre et de voir le vent et la neige frapper dans leur chaos crissant et blanc les fenêtres bien closes, à l’abri chaud de nos murs ?

1  –  « Nous nous engageons à lutter contre le “diktat du ciel bleu” partout où nous le trouvons. La vie serait ennuyeuse si jour après jour nous devions nous contenter de la monotonie d’un ciel sans nuages. »
2  –  « toi qui pénètres au fond de mon âme,
            toi qui traverses ma vie comme une tempête »

jeudi 16 mai 2024

confitures

    On peut confier des secrets, mais peut-on aussi les confire, les joindre à quelque chose qui va permettre leur conservation, comme des fraises dans du sucre pour en faire de la confiture ? C’est cette question plutôt surréaliste qui m’a incité à composer un sonnet dont je confie ici le début… euh… confie ? confit ?…

confitures

nous confirons d’ardents secrets
dans le sucre et le miel doré
pour les garder […]

 

photographie de Pixabay modifiée (source : Pexels)

vendredi 26 avril 2024

journée du poème à porter

photographie de Pixabay modifiée (source : Pexels)
       Hier, le jeudi 25 avril 2024, c’était la  journée du poème à porter.

    « La Journée du poème à porter, c’est l’occasion de propager la poésie, d’affirmer fièrement son amour de la poésie, de faire en sorte qu’elle soit partout, qu’elle aille à la rencontre de gens pour qui la poésie ne fait pas nécessairement partie du quotidien. »

La poésie partout         
       Bien que cette journée soit passée, rien ne nous empêche de continuer à diffuser la poésie autour de nous.
      Il existe plusieurs façon de le faire. Je vous en suggère une : choisissez un poème que vous aimez particulièrement et apprenez-le par cœur, lisez-le cinquante fois à haute voix s’il le faut, assimilez-le, sachez-le, intimement, sachez-le à tel point qu'il devienne comme vos propres mots, votre propre voix, que vous portez en vous, puis quand l'occasion se présente, dites-le à quelqu’un, dites-le spontanément, dites-le comme si vous le disiez pour la première fois, comme s'il naissait sur vos lèvres.

mercredi 4 octobre 2023

au creux d’un vieil arbre (2)



    Je retourne parfois voir le vieil arbre dont je parle dans un précédent article et au creux duquel s'épanouissait un étonnant microcosme. Voici donc à gauche une photographie récente, prise au même endroit plus d'un an après la première. Bien sûr, les saisons ont passé et l'hiver a balayé ces éphémères existences, mais de nouvelles ont vu le jour, se sont développées, en un nouveau fragile poème… Eh oui, la vie continue.

lundi 7 août 2023

récital de poésie (2)

    Un nouveau récital de poésie a récemment eu lieu au café La Mosaïque, organisé par le Projet Orpheüs. Encore deux heures agréables où nous avons eu le plaisir d’entendre non seulement des poèmes mais également des chansons et de la musique. Les participants ont aussi eu l’occasion d’écrire des poèmes à deux et de composer tous ensemble des cadavres exquis, textes qui ont ensuite été lus devant le public.
    Mais… des « cadavres exquis » ? c’est quoi ça ?
    Un cadavre exquis est un texte (ou un dessin) créé par plusieurs personnes qui chacune à son tour en écrit (ou dessine) une partie sans voir ce que les autres ont fait auparavant. Ça donne des résultats plutôt surréalistes !

Un cadavre exquis par Valentine Hugo, André Breton, Tristan Tzara et Greta Knutson

    Pour en savoir davantage sur les cadavres exquis, cliquez ici.

mardi 25 juillet 2023

récital de poésie (1)

    Hier en fin de journée, le café La Mosaïque à Lévis accueillait un récital de poésie organisé par le Projet Orpheüs. Ce furent deux heures très agréables. Les nombreux poètes présents ont fait entendre leurs voix à travers une belle variété de textes et nous avons aussi eu droit à une chanson. J’ai moi-même dit quelques-uns de mes poèmes, ainsi que À un vieil arbre de Pamphile Le May (qu’on peut lire dans l’article au creux d'un vieil arbre (1)) et La mort des amants de Charles Baudelaire, que voici :

«                    La mort des amants

    Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
    Des divans profonds comme des tombeaux,
    Et d’étranges fleurs sur des étagères,
    Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.

    Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
    Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
    Qui réfléchiront leurs doubles lumières
    Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

    Un soir fait de rose et de bleu mystique,
    Nous échangerons un éclair unique,
    Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;

    Et plus tard un Ange entr’ouvrant les portes
    Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
    Les miroirs ternis et les flammes mortes.     »

Der Kuss (Le baiser) par Gustav Klimt

samedi 3 septembre 2022

au creux d’un vieil arbre (1)

« To see a World in a Grain of Sand    
And a Heaven in a Wild Flower,    
Hold Infinity in the palm of your hand    
And Eternity in an hour. » 
William Blake, Auguries of Innocence  


    Voici à gauche, au creux d’un vieil arbre, l'un de ces étonnants microcosmes où prolifère la vie : mousses, champignons, petites pousses… sans oublier tous ces minuscules êtres vivants qu’on ne voit pas, mais qui sont là, par milliers, par millions, dans le mystère de leur discret cantique.

    Un concours d’écriture dont l’un des buts est de célébrer la nature, et l’arbre en particulier, Écrire l'arbre - Concours public d’écriture, invite « à soumettre un texte consacré à un arbre réel qui pousse sur le sol québécois et avec lequel vous entretenez un lien privilégié, ou que vous souhaitez spécialement mettre en valeur. » On demande aussi de joindre une photographie de l'arbre en question.
    Les personnes intéressées ont jusqu’au 1er décembre 2022 pour soumettre leurs textes. J’ignore si ce concours se répétera au cours des années suivantes. Pour davantage d'informations, cliquez ici.


     Voici d'ailleurs un poème dédié à l'un de ces trois mille milliards d'arbres qui peuplent notre Terre :

«                                À un vieil arbre

Tu réveilles en moi des souvenirs confus.
Je t’ai vu, n’est-ce pas ? moins triste et moins modeste.
Ta tête sous l’orage avait un noble geste,
Et l’amour se cachait dans tes rameaux touffus.

D’autres, autour de toi, comme de riches fûts,
Poussaient leurs troncs noueux vers la voûte céleste.
Ils sont tombés, et rien de leur beauté ne reste;
Et toi-même, aujourd’hui, sait-on ce que tu fus ?

Ô vieil arbre tremblant dans ton écorce grise;
Sens-tu couler encore une sève qui grise ?
Les oiseaux chantent-ils sur tes rameaux gercés ?

Moi, je suis un vieil arbre oublié dans la plaine,
Et, pour tromper l’ennui dont ma pauvre âme est pleine,
J’aime à me souvenir des nids que j’ai bercés.     »

Pamphile Le May


    Et pour terminer, de Georg Friedrich Händel écoutons cet air magnifique qui chante la douceur de l'ombre d'un arbre : « Ombra mai fu ».

dimanche 24 juillet 2022

canicule

(→ dans la tempête qui nous porte, p. 81)

    Sous le ciel bleu d’été, voici venue la canicule, pesante, engluante de sueur et d’odeurs¹. On vit au ralenti, on cherche l’ombre, on s’hydrate, et les climatiseurs qui ronronnent, jour et nuit. Mais… d’où vient ce mot, canicule ?
    Hé bien, sans surprise, le mot vient du latin, de canicula, qui signifie « petite chienne » (on y reconnaît canis (« chien ») et le suffixe ‑cule, associé à l’idée de petitesse, comme dans pellicule (
« petite peau »), particule (« petite partie »), forficule (« petits ciseaux ») etc.).
    Alors ? bien beau tout ça mais quel lien entre une période de chaleur extrême et une petite chienne (qui a chaud oui, mais ni plus ni moins que vous et moi) ?
    Pour comprendre, remontons le temps, remontons jusqu’à l’antiquité et allons faire un petit tour sur les rives du Nil un matin d’été très particulier. À l’aube de ce jour, on peut enfin apercevoir pour la première fois de l’année, l’étoile Sopdet  se lever juste avant le Soleil. Cet événement astronomique, le lever héliaque de Sopdet, coïncide avec le début de la crue du Nil, pendant la période la plus chaude de l’année.
    L’étoile Sopdet, ou en grec Σῶθις (Sothis), se nomme aujourd’hui Sirius, du grec Σείριος (Seirios, signifiant « ardent »), qui était le nom du chien d’Orion dans la mythologie. Or Sirius, l’étoile la plus brillante vue de la Terre (après le Soleil), se trouve dans la constellation du Grand Chien, proche de la constellation d’Orion. Dans la même région du ciel se trouve aussi la constellation du Petit Chien.

© Stellarium

    Et c’est ainsi que, par un concours des circonstances astronomiques, hydrologiques, climatiques, mythologiques et… linguistiques bien sûr, le mot canicule en est venu à désigner une période de chaleur extrême.

1  –  d’un autre côté, la canicule peut offrir une caressante sensation, comme dans le poème luciole
         (→ dans la tempête qui nous porte, p. 66; → noce, p. 33).

lundi 13 juin 2022

une odeur de menthe

« Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :    
Mais l’amour infini me montera dans l’âme » 
Arthur Rimbaud, Sensation   


    Juin, un dimanche après-midi. Je roule en vélo
¹. Après avoir longé le terrain de golf sur Saint-Omer, je tourne à gauche sur des Forts. Ici, on se sent un peu à la campagne. La vue est assez dégagée à droite, ça donne l'occasion de contempler tous ces magnifiques cumulus au loin, bien blancs sous le soleil.

    Au bout de trois kilomètres, je croise deux voies ferrées et, presque aussitôt, à droite, voici la piste cyclable que je cherchais, celle qui passe dans les bois et les champs. Je m'y engage. La ville semble bien loin sur ce mince chemin entre les arbres…

    Mais, après quelques minutes… c'est quoi ce bruit, cette rumeur, ce grondement ? et, bizarre, il fait plus chaud… ah, j'ai saisis : on va passer au-dessus de l'autoroute 20, sur la passerelle Harlaka (quelle bonne idée cette passerelle ! merci à celles et ceux qui l'ont pensée et réalisée). Toutefois je ne comprends pas pourquoi autant de cyclistes s'arrêtent là… « Pour regarder passer les chars pis les trucks ? Pour sentir la bonne odeur des exhausts ? Coudon ! vous vous ennuyez-tu tant que ça du trafic ?! »

    Je continue. Le bruit de l'autoroute disparaît. Voici de nouveau la petite forêt, avec cette soudaine fraîcheur de l'air. Je m'arrête, débarque, enlève mon casque. Ça sent la menthe, la pénombre du sous-bois se mêle à la lumière, les oiseaux chantent, les insectes, tout bruisse… Ah ! tant de vie ! tant de vie !!

1  –  pour voir la route suivie et quelques photographies prises sur la piste cyclable, cliquez ici

lundi 31 janvier 2022

« souviens-toi ces étés d’autrefois »

(→ dans la tempête qui nous porte, p. 86)

« О моя юность ! о моя свежесть ! »¹
Nicolas Vassiliévitch Gogol, Les âmes mortes   

illustration tirée de
Half Hours with Insects
par A. S. Packard Jr.
    On habitait alors juste en haut des escaliers rouges, en haut de la falaise, avec vue sur le fleuve, sur Québec et son fameux Château Frontenac. J’avais deux ans, cinq ans, dix ans. Belles années. L’été, le gazon pas souvent tondu poussait assez long pour être plein de pissenlits et de sauterelles. Et ça bourdonnait d’abeilles et de taons et de mouches et de je ne sais pas tous leurs noms, des centaines, des milliers d’insectes foisonnant
dans l’herbe et dans l’air.

l'auteur vers 10 ou 11 ans
par Louise Carrier
    On habitait en haut de la falaise donc. Quand on jouait au baseball, la partie se terminait immanquablement par une balle perdue dans le cap. En fait, ce qu’on appelait le cap, c’était la bande boisée en pente entre notre terrain et la  falaise rocheuse. À partir d’un certain âge, mon frère et moi on avait le droit de jouer dans le cap, à condition de ne jamais approcher du bord, l’endroit où ça coupait presque à la verticale.   

paysage (détail) par Sesshū Tōyō
    Le cap était plein d’arbres de cerises à grappes. Notre mère disait souvent que les meilleures, c’étaient les  noires (les très mûres); mais quand nous prenait l’envie d’en manger, pensez-vous qu’on attendait que ça mûrisse ?… noires, rouges foncé, rouges vif, on ratissait large, on en mangeait par dizaines et on recrachait les noyaux en les soufflant comme d’une mitraillette; à la fin, on avait les dents recouvertes d’une couche pâteuse jaune brun, et on riait en se regardant les dents, nos amis, mon frère et moi. Dans le cap, il poussait aussi des érables négondo (ou érables à Giguère). On faisait des arcs et des flèches avec des branches. Pour les flèches, on prenait des petites branches vertes qu'on pelait après en avoir d’abord entamé la peau avec nos dents; je me souviens que ça goûtait vert.

    Et bien des années plus tard, voilà une bribe de ces souvenirs qui ressurgit, dans un tout petit poème proche d’un haïku².

1  –  « Ô ma jeunesse ! ô ma fraîcheur ! »
2  –  poème comptant trois vers de cinq, sept et cinq syllabes

samedi 29 janvier 2022

enfance

    Il y a bien des années, quand mes enfants étaient petits, je leur racontais des histoires le soir avant qu’ils s’endorment (comme beaucoup de parents le font, évidemment). Parfois je lisais ces histoires dans des livres, ou d'autres fois, j’en inventais. Et souvent, les enfants voulaient réentendre les mêmes histoires – « papa, raconte-nous l’histoire du petit écureuil qui trouva une montre » ou « papa, raconte-nous l’histoire de la petite fille qui aimait les pommes » ou « papa, raconte-nous l’histoire de la brosse à dents minou » –, alors papa racontait l’histoire du petit écureuil qui trouva une montre, ou lhistoire de la cuiller des voisins, ou lhistoire du pyjama qui marchait tout seul

un peu de l'enfance de l'auteur
    Aujourd’hui papa n’a plus souvent l’occasion de raconter des histoires à des enfants qui s’endorment, mais le soir, lui pour s’endormir, il lui faut encore une histoire; alors, même s’il est deux heures du matin, ou même s’il a un peu bu et que de toutes façons il va s’endormir dans cinq minutes, il prend un livre, l’ouvre, et comme un enfant doucement il se laisse emporter par les mots… et s’endort…

vendredi 28 janvier 2022

comme un chien

(→ dans la tempête qui nous porte, p. 22‑25; → cinq poèmes à dire, p. 16‑17, 26‑27)

Hounds or Gone to Ground par John Emms

« Je me coucherai sur la terre,     
Et je dormirai comme un chien ! » 
Charles Baudelaire, Le vin de l’assassin   

« Lo tems vai e ven e vire      
Per jorns, per mes e per ans,     
Et eu, las no·n sai que dire,     
C’ades es us mos talans.     
Ades es us e no·s muda,     
C’una·n volh e·n ai volguda,     
Don anc non aic jauzimen. »¹
Bernart de Ventadorn   


    Évidemment la poésie n’est pas que doux sentiments, meubles luisants et parfums fleuris. Relisez le poème Une charogne de Baudelaire, avec « Le soleil rayonnait sur cette pourriture », avec « Et le ciel regardait la carcasse superbe / Comme une fleur s’épanouir. / La puanteur était si forte, que sur l’herbe / Vous crûtes vous évanouir. » Ou ces autres vers des Fleurs du mal : « Si vous la rencontrez, bizarrement parée, / […] / Traînant dans les ruisseaux un talon déchaussé ». Et on pourrait continuer.
    Je me souviens quand notre chatte Onyx était en chaleur, il y avait cinq ou six matous autour de la maison (ça grimpait jusque sur le toit; en pleine nuit,
on pouvait soudain apercevoir un chat dehors le nez collé sur la vitre d’une lucarne). Vraiment pour eux ils n’y avaient que ça ! Et ils pissaient un peu partout, sur les arbres, sur les galeries, sur les portes, même chez les voisins (qui n’appréciaient vraiment mais vraiment pas !). Et elle savait s’y prendre Onyx pour les faire languir, en allant jusqu’à s’asseoir au sommet du poteau de corde à linge (comment voulez-vous qu’un chat s’y prenne !? inquiétez-vous pas, elle va redescendre). Parfois on en voyait un obtenir enfin ce qu’il voulait. Et le lendemain l’heureux élu, apaisé, avait disparu. Mais ça ne s’arrêtait là, non, allez ! au suivant ! Puis une fois la fête terminée, le calme revenait et, peu de temps après, la petite bedaine d’Onyx commençait à grossir. Les humains eux… pas besoin de faire un dessin… parfois ils sont comme des chats, comme des chiens… entièrement gouvernés par leurs émotions…
    Pour conclure, une remarque technique : comme le poème tout’ tourn’ traité dans un précédent article, comme un chien adopte à quelques détails près la forme ballade.

1  –  « Le temps va et vient et vire / Par jours, par mois et par ans, / Et moi, hélas je ne sais quoi dire, / Il demeure le même mon désir. / Il demeure le même et ne change pas, / Je la veux comme je la voulais, / Elle avec qui jamais je n’ai joui. »